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DATE : 18.03.25

Comprendre la grossophobie en 5 minutes

La grossophobie, quésaco ?
Pourquoi dit-on qu'il s'agit d'une discrimination systémique ? Que vivent les personnes grosses au quotidien ?

Illustration Liberal Jane, femme grosse en tenue fleurie, texte : "Ton corps peut changer, mais ta valeur reste intacte".
Illustration de Liberal Jane
" Ton corps peut changer,
ta valeur reste intacte. "

Tu connais cette situation où tu essaies de passer discrètement entre deux chaises en terrasse, mais ton popotin en décide autrement ? Ou quand ta tante Micheline te fait son éternel discours sur ton poids entre le fromage et le dessert, « pour ton bien » évidemment ? Félicitations, tu viens de croiser la route de la grossophobie. Oui, cette bestiole pénible qui juge, critique et discrimine tout ce qui dépasse la taille 42 (et encore, je suis gentille).

Grossophobie : un mot récent pour une vieille histoire

Même si le mot « grossophobie » ne date que de 1994, l’idée, elle, est vieille comme le monde (ou presque). Ce charmant terme vient simplement du mot « gros » accolé à « phobie », parce que visiblement, certaines personnes paniquent devant une taille XL. Le problème, c’est que ce n’est pas une vraie peur, mais bien une discrimination ancrée profondément dans notre société depuis des siècles. Déjà au XVIIIᵉ siècle, on jugeait sévèrement les femmes noires corpulentes, signe que les préjugés sur le poids et le racisme s’entendaient malheureusement très bien.

La grossophobie ordinaire : un quotidien lourdingue

Ça commence souvent comme ça, tranquille, sans prévenir. « T’es sûre que tu veux reprendre du dessert ? » ou encore « Tu as un si joli visage pourtant… » Ces petites phrases anodines qu’on appelle « grossophobie ordinaire » sont comme des piqûres de moustiques : isolées, ça passe ; répétées quotidiennement, c’est l’enfer.

Illustration Liberal Jane, femme grosse en tenue pastel, texte : "Je me fiche de ton régime".
Illustration Liberal Jane
" Je m'en fous de ton régime "

Grossophobie systémique : quand le monde entier te rappelle que tu prends trop de place

La grossophobie, c’est malheureusement partout, tout le temps, comme un mauvais générique de série qu’on n’arrive pas à skipper. Petite sélection des plus grands hits de la grossophobie systémique :

 

  • À l’école : Harcèlement, moqueries et mise à l’écart. Parce qu’apparemment, ton poids pèse plus lourd que tes compétences en maths.
  • Chez le médecin : « Vous avez mal à l’oreille ? Essayez de perdre du poids. » Merci docteur, mais je doute que mon tympan soit directement relié à mon IMC. Autre exemple sérieux : la pilule du lendemain perd en efficacité à partir d’un poids corporel de 75 kg et devient quasi inefficace au-delà de 80 kg.
  • Au boulot : Tu peux être talentueux·se, dynamique et hyper compétent·e, certains employeurs ne voient que ton tour de taille et t’imaginent déjà essoufflé·e devant l’ascenseur en panne.
  • Dans les espaces publics : Accoudoirs trop étroits, sièges trop petits, avions où certaines personnes doivent réserver deux billets. Si seulement les designers pensaient à nous autrement qu’en exception gênante.
  • La mode : Cette douce industrie qui explique gentiment qu’au-delà du 44, le style disparaît mystérieusement.
  • Réseaux sociaux : Instagram et TikTok, ces temples de la perfection photoshopée où le moindre bourrelet est traité comme une menace nationale.
  • Famille : Même l’entourage proche n’épargne pas les remarques blessantes ou les pressions pour perdre du poids « pour ton bien ».

Les préjugés : Best-of des clichés idiots

Parmi les mythes les plus célèbres :

  • « Les personnes grosses sont paresseuses et lentes. »
  • « Elles mangent mal et beaucoup. »
  • « Elles manquent de volonté. »
  • « Elles sentent mauvais. »
  • « Elles ne font pas de sport. »

Illustration Liberal Jane, femme grosse en tenue de sport violette, texte : "Être pro-grosseur ne signifie pas être contre la santé".
Illustration Liberal Jane
" Pro-gras ne veut pas dire anti-santé "

Petit rappel important

Ces clichés sont totalement faux, évidemment. Le poids est un phénomène multifactoriel : génétique, environnement, habitudes culturelles, niveau socio-économique, pays, maladies chroniques ou encore traitements médicamenteux pouvant induire une prise de poids. Une personne en surpoids peut avoir une bien meilleure hygiène de vie qu’une personne mince. Ce n’est pas parce que quelqu’un·e est gros·se que tous ces préjugés se vérifient automatiquement.

Quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, voici quelques chiffres édifiants : selon une étude de l’Observatoire des discriminations de 2016, les femmes considérées comme grosses ont 8 fois moins de chances d’obtenir un entretien d’embauche que celles ayant une silhouette standard. 19 % des personnes obèses ont déjà subi une discrimination à l’embauche d’après un rapport du Défenseur des droits en 2016. Dans le domaine médical, selon une enquête Odoxa de 2017, 23 % des Français·e·s estiment que les personnes grosses sont moins bien prises en charge par les médecins. Enfin, selon la même enquête, 74 % des Français·es pensent que les personnes obèses souffrent de discriminations dans la société.

Les conséquences réelles (et pas drôles du tout)

Toute cette grossophobie, ce n’est pas juste pénible, c’est dangereux. En plus d’affecter l’estime de soi, elle pousse parfois à éviter les soins médicaux. Certains médicaments perdent même leur efficacité selon le poids, comme notamment avec la pilule du lendemain. Côté matériel médical ? C’est pire : appareils d’imagerie trop petits, fauteuils médicaux inadaptés, bref, la liste est longue.

Illustration Liberal Jane, femme ronde en lingerie rouge, texte : "Tu mérites d'être écouté·e et cru·e chez le médecin".
Illustration Liberal Jane
" Tu mérites d'être écoutée et crue chez le médecin "
Illustration Liberal Jane, femme ronde en lingerie rouge, texte : "Ton poids ne devrait pas impacter ton accès à des soins de qualité".
Illustration Liberal Jane
" Ton poids ne devrait pas impacter l'accès à des soins de qualité "

Quelques voix fortes contre la grossophobie

Heureusement, on a des super-héroïnes du quotidien qui n’ont pas peur de parler fort : Gabrielle Deydier (autrice du livre « On ne naît pas grosse ») ou encore Virginie Despentes. En France récemment, la DJ Barbara Butch a subi une vague gigantesque et immonde de « fat shaming » après son apparition aux JO 2024, démontrant à quel point le problème reste majeur.

Alors, que faire contre cette discrimination ?

Se souvenir que le poids ne définit pas une personne, qu’on mérite tou·te·s du respect, et surtout, continuer à prendre notre place, peu importe sa taille. Alors allons-y gaiement, reprenons du gâteau (ou non, mais parce que tu l’auras décidé), asseyons-nous confortablement et occupons fièrement tout l’espace nécessaire.

Parce qu’au fond, c’est ça la clé : revendiquer notre droit à exister, sans se cacher ni s’excuser.


Illustration Liberal Jane, femme grosse style sorcière, texte : "On ne devrait pas avoir à être modeste pour être respecté·e".
Illustration Liberal Jane
" On ne devrait pas avoir à être modeste pour être respecté·e "

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